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La crosse «un don au peuple du Canada»

Lacrosse - crosse

LA CROSSE «UN DON AU PEUPLE DU CANADA»
par Mike Mitchell, directeur du North American Indian Travelling College

Le jeu de crosse est une des plus importantes contributions de nos peuples autochtones au Canada. Et il est diffusé dans le monde entier.

Les colons européens qui se sont installés au Canada ont découvert que toutes les nations et tribus du pays jouaient d’une manière ou d’une autre à la crosse, qui avait divers appellations selon les tribus.

Ainsi, les deux plus grandes familles linguistiques du Canada appelaient la crosse différemment : les Algonquins la nommaient «Baggataway», tandis que la nation iroquoise l’appelaient «Tewaarathon».

Le bâton que les Autochtones utilisaient pour jouer à ce jeu rappelait aux premiers colons français la crosse de leurs évêques, si bien qu’ils ont commencé à appeler ce jeu la «crosse», nom sous lequel tout le monde connaît maintenant ce sport.

À l’origine, alors que seuls les peuples autochtones jouaient à ce jeu, la crosse avait une influence spirituelle sur le mode de vie autochtone. En effet, ils y jouaient pour leur Créateur, pour remercier le Grand esprit de leur avoir donné une vie pleine et sereine, en harmonie avec la nature et en paix avec eux-mêmes.

On jouait aussi à la crosse pour des membres honorifiques de la nation autochtone, pour dire au Grand esprit qu’ils étaient reconnaissants que cet ancien, ou ce sorcier guérisseur aux immenses connaissances, vive parmi eux.

Contrairement à la croyance populaire, pendant les premiers temps, on faisait une partie de crosse pour régler un différend entre deux tribus. Quand deux nations autochtones avaient un désaccord, leurs dirigeants et leurs anciens arrangeaient une partie de crosse dont le vainqueur était considéré comme celui ayant le bon point de vue, sanctionné par le Grand esprit.

La crosse faisait partie intégrante de la vie des Autochtones, et elle était un lien spirituel avec leur Créateur. Après leur installation au Canada, les colons ont beaucoup apprécié le jeu de crosse, et il n’a pas fallu longtemps pour que chaque petite communauté du Canada puisse se vanter d’avoir une équipe de crosse. À cette époque, on a fixé les règles concernant le nombre de joueurs dans chaque équipe et la taille du terrain.

Aujourd’hui, du jeu spirituel de nos peuples autochtones, la crosse est devenue un sport excitant et en plein essor, pratiqué dans toutes les provinces du Canada.

On dit souvent, et avec raison, que la crosse est «le sport le plus rapide joué sur deux pieds». De plus, la crosse est un des rares sports de ce pays qui peut se vanter de prendre son origine dans la terre qu’on appelle fièrement le Canada.

HISTOIRE DE LA CROSSE AU CANADA

Personne ne peut contester l’origine de ce sport. En effet, Jean de Brébeuf  a noté en 1683 ses observations d’un jeu de crosse dans ce qui est maintenant le sud de l’Ontario, au Canada. Legs des premiers Nord-Américains aux colons européens, la crosse demeure un des rares volets de la culture autochtone qui a survécu et prospéré sous la tutelle des colons. Les racines de ce sport, qui datent de bien longtemps avant tout document historique écrit, sont profondément enfoncées dans la société nord-américaine en général, et plus particulièrement dans la vie et dans la culture des Autochtones de l’Ontario et du Québec.

«De nombreux siècles avant que l’Homme blanc mette pied sur le continent nord-américain, nos peuples autochtones ont reçu du Créateur le don du jeu de crosse. Même si le genre de bâton utilisé et le type de jeu joué variaient beaucoup d’une tribu à l’autre, la philosophie, l’esprit et la relation de la crosse avec le Créateur étaient uniques, et tous les groupes tribaux tenaient la crosse en haute estime.» (extrait de Tewaarathon, le récit d’Akwesasne de Notre jeu national autochtone: North American Indian Travelling College, 1978).

Dès les début du XIXe siècle, les Montréalais se sont intéressés à cette activité des tribus Mohawks. Les premières parties entre les colons et les Autochtones ont eu lieu dès les années 1840. Ce jeu technique plein d’action a vite passionné les colons locaux, et bien que cela ait pris de nombreuses années avant qu’ils puissent enregistrer une victoire significative contre les Autochtones, les nouveaux Nord-Américains se sont vite montrés intéressés et loyaux vis-à-vis de la crosse.

Dès la fin des années 1850 et le début des années 1860, la crosse avait fait son entrée dans la société sportive de l’époque et les premiers clubs de crosse non autochtones ont vu le jour. Cela a vite mené  à la formation de rivalités et de défis entre les villes, si bien que la fondation compétitive du sport de crosse était née.

On ne peut pas ignorer le rôle des athlètes et des organisateurs de Montréal dans la création de ce sport structuré qui a su capturer l’imagination de cette jeune nation. En effet, ces visionnaires ont adopté le jeu autochtone de crosse dans toute sa beauté, sa technique et son esprit dévoué, et ils l’ont transformé en un sport compétitif qui a conquis les coeurs et les esprits des premiers Canadiens.

La crosse a été déclarée Jeu national du Canada pour la première fois en 1859. Même si on n’a jamais retrouvé les documents officiels du gouvernement, des centaines de références attestent de cet événement, qu’il s’agisse d’encyclopédies renommées, de livres sur l’histoire du Canada, de communications gouvernementales, de livres pédagogiques ou encore d’articles de journaux ou autres documents médiatiques remontant à cette époque.

Par exemple, dans le volume 14 de mai- à octobre 1877 du Scribner’s Monthly, on trouve la citation suivante : «Le jeu de crosse, qui a été adopté à titre de Jeu national du Canada le 1er  juillet 1859, premier jour du Dominion….»

On a octroyé ce statut au jeu de crosse dans les années 1800, pas seulement à cause de sa popularité ou de son apport économique, mais aussi parce qu’il a donné une contribution importante et durable à l’histoire et au développement de cette nation, de son peuple, et de sa communauté sportive. En fait, la crosse est connue dans le monde entier à titre de Jeu national du Canada.

SYMBOLE D’UNE NATION

La naissance d’une nation est suivie de peu par le besoin du peuple d’établir son identité et de se proclamer comme nation au reste du monde. Dans son article présenté en 1972 au Symposium sur l’histoire du sport au Canada, Peter Lindsay a déclaré qu’on peut observer que le nationalisme se manifeste de façons prévisibles, et notamment par ses tentatives de retenir l’attention et de promouvoir une identité positive. George Beers, un ardent patriote canadien, a cristallisé cette réalité en ses propres termes et actions, à titre de leader en matière de sport et de science dans ce pays.

Beers comprenait et acceptait clairement le rôle du sport à titre d’élément intégrant les aspects disparates de la nouvelle société canadienne. Son amour pour son nouveau pays exigeait que le sport symbolique par lequel était canalisé ce nationalisme soit un sport entièrement et uniquement canadien. En 1869, il écrivait : «Si la République de Grèce avait une dette envers les Jeux olympiques; si l’Angleterre avait des motifs pour bénir le nom du cricket; alors le Canada avait tout aussi raison d’être fier de la crosse. Partout dans le Dominion, elle poussait la jeunesse à pratiquer un exercice actif et sain; elle a suscité un sentiment populaire en faveur de l’exercice physique, et elle a sans doute fait davantage que tout autre facteur pour insuffler un sentiment patriotique chez les jeunes hommes du Canada; et si un tel sentiment est souhaitable à l’étranger, il l’est sûrement tout autant chez nous.» Les pairs de Beers au sein de la communauté sportive ont accepté ce principe, si bien qu’il se traduisait dans la devise du premier organisme national directeur de sport qui proclamait : «NOTRE PAYS – NOTRE JEU».

La presse de l’époque a également accepté de bon gré ce principe et assuré sa promotion alors qu’elle a fièrement proclamé que la crosse était notre «jeu national». La crosse des donc bien enchâssée très profondément dans l’histoire, la tradition et la culture du Canada.

Alors que notre nation s’étendait d’un océan à l’autre, la crosse a joué un rôle essentiel pour unir ces régions si éloignées les unes des autres. Douglas Fisher, dans son article intitulé «Le sport à titre de culture» a examiné comment le sport a contribué à unifier notre pays. En 1885, le gouvernement a envoyé des troupes, par l’entremise du chemin de fer récemment achevé, pour écraser la rébellion de Louis Riel. La même année, une équipe de crosse de New Westminster a emprunté le même chemin de fer et traversé le pays pour aller défier une équipe de Toronto pour l’octroi du Championnat canadien. Pendant que les réalités politiques déchiraient le pays, la crosse rapprochait diverses parties de la nation.

CONTRIBUTION AU SPORT AU CANADA

L’Association nationale de crosse, formée en 1867, était le premier organisme national directeur de sport complètement voué à la gouvernance d’un sport, à la normalisation de ses règlements et de ses compétitions, et à l’organisation d’un Championnat national visant à promouvoir une bonne camaraderie et l’unité dans tout le pays.

À cause de sa nature de grand pays peu peuplé, le Canada a été une des premières nations à s’intéresser à la notion de Championnat national. L’Association nationale de crosse était le premier organisme pouvant et souhaitant organiser une telle compétition, créant ainsi un précédent dans le sport moderne. Cet événement non politique à vocation sociale permettait de rapprocher les diverses régions du Canada. De même, l’ANC à été la première à lancer la notion d’une série normalisée de règles sur le plan national, dont le maintien et la mise à jour seraient assurés par l’organisme directeur.

Les organisateurs de crosse ont accepté très tôt le principe que ce sport s’adresse à tous les participants. Cette participation n’était pas donc limitée par le statut économique ou social, et elle tenait compte du besoin égal des hommes et des femmes de pratiquer le sport. Par conséquent, le docteur Beers a élaboré une série de règles qui permettaient aux femmes, encore limitées par les normes sociales de l’époque, de jouer à la crosse.

En plus de promouvoir leur propre sport, à l’époque les organisateurs de crosse ont offert aux autres sports une tribune leur permettant de mettre en valeur leur attrait populaire. En effet, il était fréquent que d’autres sports soient présentés pendant la mi-temps des parties de crosse, et souvent, lors d’occasions spéciales, les organisations communautaires de crosse soutenaient des compétitions d’autres sports.

La communauté de crosse, intelligente et compatissante, a produit directement de nombreuses autres innovations sociales et technologiques. La notion de partie des étoiles a émergé dès les début des années 1880, l’Ontario lançant un défi au Québec à l’occasion d’une partie annuelle. Par ailleurs, quand la ville de Memphis, au Tennessee, a été décimée par une épidémie de fièvre jaune, des clubs de crosse de l’Ontario et du Québec ont organisé des parties de démonstration pour collecter des fonds afin d’aider à alléger les souffrances de cette ville américaine. En outre, nous avons déjà mentionné les premières tentatives des promoteurs d’utiliser la technologie dernier cri de l’électricité.

La passion et l’enthousiasme des fervents de la crosse pour la création d’un organisme directeur de sport se sont communiquées à d’autres sports. Le Club de crosse de Montréal s’est joint au Club de raquette à neige de Montréal pour former un des organismes sportifs les plus importants de l’histoire de notre pays, l’Association des gymnastes amateurs de Montréal. L’ancienne ministre d’État, l’honorable Iona Campagnolo, a reconnu l’importance à grande portée de cet organisme en déclarant : «Elle (l’AGAM) s’est avérée le principal moteur derrière l’organisation de beaucoup de sports de ce pays. Notamment, ses membres ont été responsables de la création de la Canadian Wheelmen’s Association, de l’Association canadienne de hockey et de l’Association canadienne de rugby football.» Le sport au Canada, Lindsay, P.C., 1977

RÉSUMÉ

Le sport de crosse fait intrinsèquement partie de la culture, de la tradition et du patrimoine canadiens. La reconnaissance de la crosse en 1859 à titre de Jeu national du Canada est une confirmation positive des contributions de ce sport au développement du pays. L’adoption du projet de loi C-212 par le gouvernement du Canada illustre bien la nature et la constance du plus vieux sport du Canada, la crosse.
Et cela, nous le devons aux peuples des Premières nations – et au Créateur.

 

Publié avec l’autorisation de l’Association canadienne de crosse

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1 Comment

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